Les travaux de recherche de l’ONF

L’ONF développe de nombreux travaux d’observation, de recherche et d’expérimentation sur la question du changement climatique. Retour sur deux programmes phares.

La problématique des « changements globaux » traverse l’ensemble des domaines de travail du département Recherche, développement et innovation de l’ONF (RDI). Comment raisonner le choix des essences dans un environnement changeant ? Quelles sylvicultures concevoir pour renforcer la résistance des peuplements ou leur capacité de restauration ? Face aux enjeux du réchauffement climatique, les équipes de l’ONF poursuivent en 2015 leur action en faveur de l’adaptation des forêts à travers notamment le projet Giono. L’objectif : miser sur la diversité génétique des arbres en allant rechercher non pas de nouvelles essences, mais de nouvelles provenances déjà adaptées à des conditions plus chaudes et plus sèches.

Migration assistée des espèces

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« Les hêtres se trouvent dans de nombreux territoires, explique Brigitte Musch, responsable du Conservatoire génétique des arbres forestiers à l’ONF. Une augmentation de la température de deux degrés mènerait à une forte réduction de leur présence en 2030. » Sélectionner des arbres dans la zone sud de la France pour les faire migrer vers le nord du pays et enrichir ainsi génétiquement les « populations » locales… Tel est l’enjeu de ce programme Giono. En 2015, plus de 7000 hêtres issus de graines récoltées sur les unités conservatoires de Chizé (Deux-Sèvres), les Colettes (Allier) et la Sainte-Baume (Var) ont été plantés en forêt de Verdun (Meuse). Pour les forestiers, l’objectif sera de comparer leur survie et leur croissance, sur le long terme, à celles des essences locales. Plusieurs années seront nécessaires pour échantillonner le maximum de diversité génétique contenue dans ces populations « marginales ». À terme, les résultats permettront de donner des conseils pour la « migration assistée » de peuplements méridionaux. « Afin d’évoluer vers une forêt mieux adaptée aux conditions climatiques futures, les plantations sont dimensionnées pour assurer une régénération croisée avec les peuplements locaux», indique Brigitte Musch.

L’évolution des écosystèmes observée par le réseau RENECOFOR

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En parallèle, les observations sur le long terme des effets des changements globaux sur les forêts se poursuivent. Grâce au réseau Renecofor, en place depuis 1992, l’ONF suit de nombreux paramètres clés du fonctionnement des écosystèmes sur un ensemble de 102 placettes (sites d’observation, parcelles témoins représentatives des grands types de forêt) permanentes représentant les grands types de forêts de production en France métropolitaine. Parmi de nombreux résultats, plusieurs tendances remarquables et significatives d’évolution des sols sur un laps de quinze ans ont été mises en évidence. « Les enjeux sont de taille vis-à-vis de la fertilité, mais aussi vis-à-vis du bilan carbone des forêts. Bien que les sols forestiers contiennent plus de carbone organique que la biomasse des arbres, la dynamique de ce réservoir reste méconnue », témoigne Manuel Nicolas, responsable national du réseau Renecofor. Des prélèvements ont ainsi été répétés de manière comparable sur les 102 placettes lors de deux campagnes menées en 1993-1995 puis en 2007- 2012. Les analyses révèlent une nette hausse des stocks de carbone organique des sols. « Cette dynamique de stockage ne peut s’expliquer par une augmentation des apports de litière. En revanche, elle pourrait être due à un ralentissement de la décomposition des matières organiques, sous l’effet notamment de la diminution de leur teneur en azote », poursuit Manuel Nicolas. Ces résultats, associés aux autres paramètres suivis sur les mêmes sites (croissance des arbres, apports de litière, flux de nutriments…), sont des données pour tester et améliorer les modèles de recherche, et ainsi mieux comprendre et prévoir la séquestration de carbone par les forêts.

Un conservatoire génétique des arbres forestiers

Piloté par l’ONF en lien avec l’Inra, Le Conservatoire génétique des arbres forestiers participe à l’effort de recherche pour évaluer L’impact de l’homme et notamment des pratiques sylvicoles sur les ressources génétiques des arbres forestiers. Il assure également une activité de développement pour mieux prendre en compte la génétique des différentes essences dans la gestion courante des forêts publiques et proposer des alternatives dans le cadre du changement climatique.

Point de vue

Guy Landmann, Président du comité de pilotage scientifique Renecofor
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Directeur adjoint du groupement d’intérêt public Ecofor*, vous avez été nommé en 2015 président du comité scientifique Renecofor, animé par l’ONF. Quelle vision portez-vous sur ce dispositif?

Renecofor, avec ses 102 placettes mises en place il y a 25 ans sur un ensemble de massifs forestiers caractéristiques français, offre une vision globale du fonctionnement de la forêt en s’attachant à mesurer un ensemble de données relatives à la croissance des arbres, mais aussi au sol et à la litière, à la flore, à l’atmosphère… Cette multiplicité des para- mètres réunis est unique en son genre car, contrairement à d’autres réseaux, il y a ici un juste croisement entre un nombre important de placettes et des mesures extrême- ment précises. Ce croisement permet de fournir des résultats particulièrement éclairants sur le suivi des écosystèmes forestiers. Renecofor est donc non seulement un réseau utile, mais indispensable.

Quels sont les résultats les plus significatifs observés?

Tout le monde pensait, par exemple, que l’augmentation de la température allait conduire à une diminution de la quantité de carbone dans les sols, et c’est le contraire qui s’est produit. Sur l’aspect nutrition, les chercheurs étaient très focalisés sur une hypothèse de baisse en teneur en calcium et en magnésium, alors que personne n’avait jusque-là envisagé une forte détérioration en phosphore ! Renecofor joue donc un double rôle, à la fois de modérateur face à certaines idées préconçues, et également de lanceur d’alerte en détectant des tendances imprévues.

Que deviennent ensuite ces données?

On s’aperçoit que les données écologiques prélevées, que nous rendons accessibles gratuitement, sont utilisées dans le monde de la recherche par une communauté bien plus large, française et européenne, que les seuls acteurs gravitant autour du réseau. Ce constat prouve la valeur du travail effectué et ouvre de nombreuses perspectives de recherche-développement, y compris sur des sujets que nous n’investissons pas. Par ailleurs, un grand nombre d’observations – je pense notamment ici aux éléments nutritifs – viennent directement alimenter un certain nombre de travaux, modèles et outils testés par le département RDI de l’ONF.

Cela veut-il dire que ces observations influencent les travaux de recherche sur les modes de gestion forestière?

Renecofor n’a pas été conçu pour être un outil pour l’action, c’est avant tout un thermomètre mesurant l’état de fonctionnement des écosystèmes fores- tiers. Mais le monde sylvicole a certainement beaucoup à apprendre de l’observation des impacts, notamment de ceux du changement climatique. Cette réflexion s’applique en fait à tous les autres réseaux – Département de la santé des forêts, Inventaire fores- tier… – travaillant au suivi des forêts. Des évolutions sont certainement à envisager, notamment en misant sur une plus grande articulation et analyse croisée entre ces différents outils et un investissement plus fort sur l’enjeu « Climat ». Si l’adaptation au change- ment climatique est devenue, à juste titre, une priorité, préserver des outils tels que Renecofor et développer le lien entre « observation » et « action » me semblent essentiels, y compris pour infléchir les expérimentations qui seront engagées en faveur de l’adaptation des forêts.

* Ecofor a pour mission de mettre en œuvre, animer et valoriser des programmes collectifs de recherche portant sur le fonctionnement et la gestion des écosystèmes forestiers et tropicaux.