#RaconteMoiTaForet

Fertilisée par une succession de pluies et de soleil printaniers, la forêt dégorge son
trop-plein de verdure. Elle se répand, dégouline, envahit. Pieuvre végétale aux mille tentacules griffus, ventouses adhérant à la terre promise. Impossible de retrouver trace de la sente suivie il y a six mois.

Je m’interroge à la fourche de deux jungles impénétrables. J’affronte les ronciers, les orties, les branchages entremêlés sens dessus dessous. Une chatte n’y retrouverait pas ses petits ! Je ne passe plus ; genoux bleuis, mollets rougis, j’y laisse mon sang. Pourtant, c’était bien là…

Ma bicyclette se métamorphose en bélier pour forcer le passage qui résiste. Des entrelacs
d’herbes bloquent le pédalier et les plus basses ramures tentent de m’éborgner. Mais enfin
j’accède à la clairière : j’ai mérité ma deuxième portion de forêt !

Je l’ai eue. Pourtant plus tard, j’allais m’y perdre. Et comme toujours, c’est en elle que je me
retrouverai.

 Christine