#RaconteMoiTaForet

Depuis la fenêtre de ma chambre, à l’étage, je tendais l’oreille chaque nuit pour entendre tous ces murmures qui montent des bois, révélant une vie nocturne. Le hululement des chouettes, le coassement des grenouilles dans les mares, des grillons dans l’été et bien d’autres sons difficilement audibles mais présents. Pour moi, la forêt et l’ONF vont de pair. Mon père a été agent forestier de 1974 à 1995 en forêt domaniale de Vierzon, dans le Cher. Pendant toutes ces années, il a occupé la maison forestière de Guérigny.

Je suis né là-bas et j’y ai vécu des années magnifiques… Je me rappelle encore de mes premiers pas dans les bois, un jour de printemps. Et c’est toujours avec une émotion qui vient du plus profond de moi que je me replonge dans ces années.
La forêt de Vierzon, immense, mystérieuse, secrète, surprenante, diversifiée, sublime… Ces routes et chemins sont des invitations à la découverte. Parmi les chênes j’y ai vu mes premiers sangliers, cerfs, chevreuils, biches… Sur la route des Coureaux, ce fut mon premier renard !!!!

la route

Écouter et observer la forêt vivre en silence, il n’y avait rien de plus captivant.
Puis regarder le passage des saisons était pour moi féérique ! L’automne, quand les matins sont plus frais et que la rosée imprègne les herbes. Puis les premiers brouillards commencent à envelopper les parcelles. A mesure que les jours passent, les feuilles commencent à jaunir. Les forestiers eux sont déjà affairés depuis quelques semaines au martelage.
Puis vient le moment des premières gelés et des coups de vent. Les dernières feuilles viennent se poser sur l’humus. Quelques vols de grues passent au-dessus du massif boisé.
Plus tard, c’est l’hiver qui vient à son tour. Froid, glacial et délicieux pour m’accompagner le long des pistes. Et le plus beau arrive avec la neige. C’est un voile blanc qui vient se poser avec délicatesse sur la moindre branche. Le sol devient uniforme et les routes disparaissent. La forêt devient alors silencieuse et endormie, remplie d’une paix et d’une tranquillité que seuls mes pas viennent troubler, en s’enfonçant dans la neige. Il m’est arrivé, parfois, d’aller allumer le poêle des ouvriers, pour qu’ils mangent au chaud.
La neige reste quelques jours dans le Cher, ce n’est jamais bien long. Les ruisseaux prennent vie à leur tour. Celui de la route de la Fontaine Claire par exemple : j’aimais marcher en le suivant au son de sa douce mélodie. D’ailleurs, je croisais souvent une ou deux biches dans un même coin, l’après-midi.
Les ruisseaux sont les premiers à s’éveiller. Le printemps approche, la végétation commence à avoir ses bourgeons, du tout jeune plant à l’arbre le plus imposant. De jeunes plantes apparaissent dans les feuilles brunies… Les jours rallongent et moi je sillonne les bois de plus en plus tard ! Quelques fleurs sauvages surgissent et peu après les papillons (des jaunes) viennent embellir ce cadre. Des buses qui tournoient dans le ciel en poussant leur cri.
Les semaines se succèdent… le martelage prend fin. Les arbres sont entièrement vêtus de vert ! Par endroit les troncs émergent des fougères denses. Les ruisseaux coulent encore mais avec plus de discrétion. La température augmente… juin arrive puis enfin l’été. Sera-t-il chaud et ensoleillé ? Pourrai-je profiter des journées pour partir à travers la forêt, tous mes sens en éveil pour ne rien perdre de ces instants que l’on ne peut vivre ni dans un jardin public, ni dans un parc artificiel…
Juillet et août… Les mois où je partais dans la forêt dès l’aube. Et je me suis offert quelques promenades nocturnes. Dans le champ attenant à la maison forestière, j’ai passé des nuits sous le ciel étoilé. Pas assez à mon goût…
Souvent, j’accompagnais mon père l’après-midi, quand il faisait des rondes de prévention des feux en forêt. Sentir ce courant d’air chaud qui traversait la voiture, passer de zones ensoleillées à des portions de routes ombragées et fraîches. Et sur les étendues déboisées les ondes de chaleur montant du sol… Et nous n’étions que dans le centre de la France ! Rien à voir avec le Sud-Est.
Passé le 15 août, les hirondelles commençaient à se rassembler sur les fils, le long de la petite route. Et quand août touchait à sa fin, les rosées matinales étaient plus abondantes. Dès mes premiers pas devant la maison forestière je sentais cette humidité. Je savais cependant que cette magnifique forêt aurait un ultime sursis estival avec quelques belles journées en septembre. Déjà mon père parlait du martelage qui débuterait dans quelques semaines.


Nous avions, pour notre part, coupé 30 stères de bois pour alimenter la chaudière qui nous assurerait la chaleur pour les mois à venir. Dans cette maison pleine d’histoire, de souvenirs, d’anecdotes… entre ses murs d’où, à la nuit tombée, la lumière éclairait la haie et servait de repère pour les rares automobilistes, rassurés à l’idée que la maison du garde était toujours occupée alors qu’ils s’apprêtaient à traverser cette forêt devenue mystérieuse, immense, sombre et sauvage comme à chaque nuit…
La forêt est un monde à elle seule. Chaque forêt est un petit univers. Pour ma part, j’ai appris à vivre dans celle de Vierzon, par tous les temps, à chaque saison, quelle que soit l’heure… et je l’ai écouté, à chaque instant, me raconter sa vie et ses secrets… Je vous assure, le meilleur endroit au monde, c’est dans la forêt de Vierzon!

Alexandre